INFORMATION
newsletter graffiti arts contemporains street video graphisme
newsletter telephone podcast video altermondialiste nouvelle°°°°°° webzine street art street videos videoreportages graffity artistes

T E N T A T I V E S
D E
D E B A R Q U E M E N T

 

 

Par Guéric PervÚs

Autant vous prévenir tout de suite 1. 1.

Quand les extraterrestres débarquÚrent, autant vous prévenir tout de suite, il pleuvait.
Quelqu’un a –t -il dĂ©jĂ  songĂ© Ă  cette Ă©ventualité ? Non, elle est bien trop horrible.
Quand les extraterrestres dĂ©barquent, il fait toujours beau, tout le monde l’aura remarquĂ©. Mais c’est autre chose, la rĂ©alité ; c’est une mouille implacable, Ă  Ă©chelle humaine : mesquine, sournoise, envahissante, contaminatrice, profondĂ©ment anti-hollywoodienne.
Il n’y eut personne pour venir les accueillir.

 

Louanges à leur sagesse ! 4. 1.

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils s’aliĂ©nĂšrent notre sympathie Ă  trop en avoir pour nous — ils pouvaient : ils avaient mangĂ© la tĂ©tine voici quelques millions de nanonounous.
Louanges à leur sagesse !
Nous, des virgules de lait nous pendent encore au nez. Un dĂ©miurge monomaniaque Ă  trois seins gonflĂ©s de jalousie nous fait toujours sauter en apnĂ©e sur ses genoux, Ă  fond –de -cale du bateau –école Ă  la cape cosmique.
Louanges à leur sagesse !
On leur signifia assez diplomatiquement (sans mĂȘme utiliser d’arme bactĂ©riologique !) d'Ă©vacuer les lieux, et de remporter avec eux leur dĂ©sir de nous rendre heureux.
S’ĂȘtre farci tous ces siĂšcles d’évolution pour gagner un tel retour case dĂ©part ? faut pas pousser !

 

Il fallut bien faire avec 2. 1.

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, il fallut bien faire avec : on ne choisit pas ses extraterrestres, c’est comme ça, on n’y peut rien. On choisit peut-ĂȘtre ses amis, parfois, mais pas ses extraterrestres.
Si quelque chose doit dĂ©barquer, ce sera nĂ©cessairement de l’extraterrestre, LA PREUVE.
Il faut se faire Ă  cette idĂ©e et n’espĂ©rer, Ă  la rigueur, qu’un inversement de tendance : attendre son heure pour devenir un jour, peut-ĂȘtre, l’extraterrestre de quelqu’un d’autre.

 

Mon pauvre gars 5. 1


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, mon pauvre gars, ta rock’n'roll attitude trouva Ă  qui parler. Ton “ noisy spirit ”, c'Ă©tait du pet de cafard, dĂ©solĂ©.
Le concert qu'ils donnĂšrent dans la dĂ©pression de Gobi fut dĂ©clarĂ© catastrophe Ă©cologique majeure. Leurs guitares Ă  “ n ” cordes connectĂ©es Ă  leurs amplis gazogĂšnes style Empire State Building soufflĂšrent la vie comme un million de mĂ©gatonnes diĂšse.
Seuls les plus rĂ©sistants survĂ©curent : quelques scorpions et quelques types dĂ©jĂ  trop attaquĂ©s pour ĂȘtre menacĂ©s.
C'est ça le Rock’n'Roll, mon gars.

 

Au terme d’un si long pĂ©riple 3. 1

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, au terme d’un si long pĂ©riple, ils trouvĂšrent en nous des interlocuteurs privilĂ©giĂ©s.
HĂŽtes, otages, de leur solitude, nous mangeĂąmes notre pain sec dans la prison de leur parole.

 

Mon pauvre gars 5. 2

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, c’était il y a un bon bout de temps, et qu’avons-nous vu ? Rien, rien, rien 

Homo Erectus, la survie nous a tenus tranquilles ; Homo Sapiens, nos vellĂ©itĂ©s d’éveil ont rĂ©coltĂ© le premier retour de manivelle. Je vois d’ici la scĂšne : le Premier Homme jette au ciel l’os historique qui tournoie, funestement wagnĂ©rien, et lui retombe dessus – knock-out prĂ©frontal dĂ©finitif.
La suite est quasiment anecdotique. CivilisĂ©s, une autre espĂšce d’urgence nous a empĂȘchĂ© d’y voir clair : remplir le vide laissĂ© par nos victoires sur nos nĂ©cessitĂ©s — comme une friche qu’il faut semer de haies — pour sombrer un jour dans l’Homo Laboradministratus, l’Homo Chnocus qui, Ă  l’heure des comptes, se dit :
“ J’ai l’impression qu’il y a quelque –chose qui cloche. ” Quelle intuition.
Et qui sont les fromages sous la cloche ? 

Bref, nous n’avons rien senti.
Jusqu’à ce que la nausĂ©euse rĂ©vĂ©lation nous tombe sur le coin de la conscience comme un ciel qu’on croyait sans nuage et qui perce soudain, anĂ©antissant d’un coup tous les simulacres de libertĂ©, tous ces illusoires amĂ©nagements qui nous faisaient croire qu’on Ă©tait chez nous, et pas au chenil.
“ Nous sommes Ă  la libertĂ© ce que les crottins de chĂšvre sont Ă  la cloche Ă  fromages. ” 
Aujourd’hui, le charme est rompu. On ne peut plus nous la faire. On ne peut plus se la raconter, on n’est plus intĂ©ressĂ© par les mĂȘmes choses, on n’a plus envie de faire l’effort de croire qu’on est les patrons. La rĂ©crĂ©ation finie faut se taper la vĂ©ritĂ© et c’est bien pire que la mort, d’ĂȘtre adulte.
Adulte sous une cloche Ă  fromages, depuis toujours et Ă  -jamais.

 

Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 1

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils ne furent pas déçus du voyage : on leur concocta un de ces accueils des familles pĂ©tris de dignitĂ©, qui font notre rĂ©putation jusqu’aux confins de la galaxie et la cause principale de notre solitude avec, en prime time, la diva Casburn, suivi des Tambours de Dax. Pour accompagner le buffet : fanfare et majorettes triĂ©es sur le volet pour une chorĂ©graphie signĂ©e J. P Glougloup.
AprĂšs un effleurement de piste plein d’incertitude, la soucoupe a dĂ©crit quelques arabesques alĂ©atoires au-dessus des tribunes, puis a disparu dĂ©finitivement sans laisser ses coordonnĂ©es.
Ils devaient chercher quelque chose, ou s’ĂȘtre trompĂ© d’adresse.

 

Mon pauvre gars 5. 3


Quand les extraterrestres débarquÚrent, je n'en faillis pas pour autant à mon devoir.
Inflexible, un vigile de niveau 3 n'a que faire des particularismes. Rien ne peut l'affaiblir et le détourner de sa mission : fermer avec une languette en plastique indestructible les sacs plastiques ouverts provenant d'autres magasins.
Alors, sacs vivants ou non, sacs polyglottes, dĂ©brouillards, n'habitant plus chez leurs parents, sacs provenant de magasins d’autres galaxies 
 J'y peux rien, c'est le rĂšglement.
Suis pas zoologue, moi.

 

Autant vous prévenir tout de suite 1. 2


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, et que les premiers mots qu'on put entendre de la part de leur ambassadeur furent : “ LES EXTRATERRESTRES, C'EST VOUS ”, personne ne fut capable d'affirmer s'il s'agissait lĂ  d'un immense trait d'humour de comiques intersidĂ©raux, ou une parole de bon sens fondĂ©e sur une solide connaissance du monde, ou une formule purement conviviale, ou l'expression d'un sectarisme cosmogonique laissant prĂ©sager des emmerdements Ă  grande Ă©chelle, non, personne ne put savoir.

 

Mon pauvre gars 5. 4

Quand les extraterrestres débarquÚrent, Dieu ! quelle boßte crùnienne ! quelles tronches ! nous prßmes à cette occasion la mesure du chemin à parcourir.
Leur front démesuré s'élevait dans les airs avec une ostentation que certains supportÚrent difficilement.
Quels monstres ! quelles flÚches !
Les théories leur prédisaient un hyper cortex façon citrouille, mais de là à se farcir une telle courge d'intelligence, non !
Les femmes ne restÚrent pas indifférentes à leur physionomie cérébrale. Les annonceurs en mal de supports nouveaux mouillÚrent leur culotte devant une telle panacée.
BientÎt, des crùnes galactiques Coca-Cola et 36.15 BRENDA égayÚrent la ville, bénévolement, en toute simplicité.
Leur détachement surhumain était à mettre sur le compte d'une élévation d'esprit telle, que nos triviaux affairements devaient confiner à l'invisibilité, les travaux d'Einstein à des gribouillis d'idiot congénital, les paroles du Dalaï Lama, à du babillage de bébé chimpanzé.
Impossible donc, d'embrasser ces esprits supérieurs sans mettre en danger notre précaire équilibre, sans les réduire inévitablement à notre petitesse.
Personne n’a cherchĂ© la petite bĂȘte, on n’est pas con Ă  ce point -lĂ .
Nous n’avons pris aucun risque : c’est que nous prĂ©fĂ©rions rester dans notre crĂ©tinerie douillette, Ă  l'abri de leur toxique gĂ©nie.
Jusqu’au jour, fatidique entre tous, oĂč un spĂ©cimen peut enfin passer sur le billard, pour autopsie (sauvagement agressĂ© par un pigeon, le pauvre - personne n’est invulnĂ©rable). On dĂ©couvre alors un cerveau guĂšre plus gros qu’un pois chiche, gardĂ© jalousement, Fort Knox dĂ©risoire, par dix centimĂštres et dix millions d’annĂ©es d’épaississement osseux.
L’erreur est humaine.

 

 

Il fallut bien faire avec 2. 2

Quand les extraterrestres débarquÚrent, ce fut par la voie du ciel, comme dans les livres.
Grisant.
Ils Ă©taient Ă©tranges, bizarres, reconnaissables en tant que tels : on pouvait dire sans se tromper “ SĂ»r, ce sont bien lĂ  des extraterrestres ”.
Quelle aventure.
Ils nous apprirent beaucoup. Certains traits de nos civilisations les Ă©tonnĂšrent.
Ô ! incommensurable mystùre de l’univers visible et invisible.
Nos rapports furent chargĂ©s de crainte, de respect, d’incomprĂ©hension, d’anthropomorphisme et d’extraterrestromorphisme. Il y eut des bons et des mĂ©chants dans les deux camps, des injustices et des conciliations, des crimes, des dĂ©sillusions, des miracles.
Un voyage bien amorti.
Redoutant l’extinction, nous Ă©tions promis Ă  des mutations sans prĂ©cĂ©dent.
Des portes s’ouvraient, d’autres se fermaient.
En un mot, le scoop.

Autant vous prévenir tout de suite 1. 3

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, aĂŻe ! aĂŻe ! aĂŻe ! il s’avĂ©ra que leur peau n’était pas de ce vert tant souhaitĂ©, quasi printanier, aimable et pour ainsi dire sans consĂ©quence, mais de l’orange le plus fluorescent striĂ© de bleu Ă©lectrique, avec pointes de noir profond Ă  l’extrĂ©mitĂ© de leurs membres qu’ils avaient nombreux.

Louanges à leur sagesse ! 4. 2

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils ne s'adressĂšrent pas Ă  notre espĂšce et passĂšrent devant nous le temps d’un bref coup d’Ɠil, sans s’arrĂȘter, de celui qu’on peut poser sur un moucheron en stationnement sur le bras, dont on sait que l’existence ne dure que le temps d’une bonne sieste.
Le tournant le plus déplorable de l'aventure humaine.

 

Mon pauvre gars 5. 5


Quand les extraterrestres débarquÚrent, personne ne vit ni n'entendit rien.
Ils passÚrent inaperçus autant que nous à leur égard.
Une invasion vraiment sans histoire, mais non moins définitive et implacable.
Rien ne put donc donner raison à la volée de fous qui proclamaient leur présence, ceux-ci passant également inaperçus au regard de leurs congénÚres.
Comment puis –je donc, me direz-vous, tĂ©moigner de la sorte ?
MystĂšre, mystĂšre...

 

Louanges à leur sagesse ! 4. 3


Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils débarquÚrent sans avoir besoin de débarquer.
Depuis quand une civilisation un tant soit peu avancée aurait besoin de débarquer pour débarquer ?
Beaucoup ne s’en sont pas remis d’avoir accidentellement pressenti ces mains Ă©trangĂšres et supĂ©rieures qui plongĂšrent dans nos esprits comme dans du terreau pour y faire leurs semis et leurs rĂ©coltes.

Au terme d’un si long pĂ©riple 3. 2


Quand les extraterrestres débarquÚrent, ma foi, ils ne débarquÚrent pas immédiatement.
Il fallait auparavant leur faire signer quelques formulaires d'arrivée et par la suite, leur faire passer une visite médicale.
Qu'on le veuille ou non, telle est la procédure en matiÚre de réception d'étrangers sans passeport, et à plus forte raison d'extraterrestres. Mais avant, pour éviter tout vice de forme, l'administration eut à se mettre en conformité avec ce cas particulier à traiter. Il fallut créer lesdits formulaires de toutes piÚces, ainsi que les tampons nécessaires à leur validation.
A-t-on déjà vu un formulaire sans tamponnage approprié ou un tampon sans formulaire adéquat ?
On fait donc patienter la délégation dans la zone de transit prévue pour ce genre de circonstances. L'équipe médico-psychologique a tout loisir de faire son travail.
Le lendemain, Ă  12H47, il leur est dĂ©livrĂ© carte de sĂ©jour et passeport temporaire, la chemise contenant tous les duplicata des papiers qui furent nĂ©cessaires Ă  leur Ă©laboration, des guides d'utilisation – transports en commun, plans, consignes de sĂ©curitĂ© et d'hygiĂšne, prĂ©servatifs, condensĂ© du code civil et du code pĂ©nal, aperçus historiques et moraux, le “ gratuit ” obligatoire, ainsi qu’un bon pour un tour de Train FantĂŽme Ă  la Foire de TrĂŽne, et beaucoup d'autres choses.
L'administration peut se montrer généreuse.
À ce jour, la raison de leur dĂ©part dans les minutes qui suivirent reste une Ă©nigme.

Mon pauvre gars 5. 5


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils en avaient, des idĂ©es derriĂšre la tĂȘte ! Cela se sent, ces choses-lĂ .
Mais devant, rien, le vide absolu, le néant.
Non, ils se contentaient d’avoir des idĂ©es derriĂšre la tĂȘte par paquets de dix et de sacrĂ©es. Cela donne une contenance, peu de contenu.
On montre patte blanche le regard transparent et l’on entend dans les placards de derriĂšre grouiller les araignĂ©es d’idĂ©e qui se mangent entre elles sans jamais sortir au grand jour.

 

Au terme d’un si long pĂ©riple 3. 3


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, portĂ©s vraisemblablement par une technologie tellement avancĂ©e qu'on eĂ»t pu la qualifier de post-technologique, guidĂ©s par l'esprit d'une civilisation tellement supĂ©rieure qu'on eĂ»t pu la qualifier de post-civilisation, et, sans doute, tellement dĂ©gagĂ©s des marasmes des lois bio-historiques qu'on eĂ»t pu la qualifier de post-bio-historique, bref, rien de bien qualifiable, figurez-vous qu'ils ratĂšrent leur coup. Ils SE PLANTÈRENT ! ils se rĂ©tamĂšrent sur l'aire d’atterrissage.
Il fallut leur prĂȘter assistance. Ils Ă©taient trĂšs sympathiques.

 

Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 2


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils Ă©taient en congĂ©s, c’est lĂ  leur droit le plus strict.
Tout arriva trĂšs vite : Ils coururent recta direction la plage comme un seul extraterrestre, ceux qui ne purent avoir de PĂ©dalo ou de bouĂ©e gĂ©ante se rabattirent in extremis sur le trampoline et le toboggan et les autos tamponneuses amorphes de la fĂȘte foraine siestant sur le parking surchauffĂ© et sa buvette oĂč la machine Ă  barbe Ă  papa tournait molle.
Sur le sable, ils se mirent Ă  circuler par grappes en s'arrĂȘtant sporadiquement – le temps qu’un Ă©trange appareil se fĂ»t postĂ© Ă  leur Ɠil unique, et qu’on les entendĂźt Ă©mettre de drĂŽles de vocalises, pour repartir aussi sec entre les corps et les parasols, ou courir s'arracher les espaces vacants de toutes les activitĂ©s qu'offrait en ce mois d'aoĂ»t exceptionnellement chaud la vĂ©nĂ©rable station de Cavalaire, Var.

Mon pauvre gars 5. 7


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, je ne dormais que d’un Ɠil. Eux aussi, s’il leur arrivait de dormir - mais ils n’avaient guĂšre le choix : Dieu les a construits comme tels, Ă  son image des mauvais jours, avec un kit au rabais ne comportant pas la stĂ©rĂ©o oculaire.
Triste condition.
Je ne vous surprendrai pas en vous disant que s’ils ont imaginĂ© une seconde me prendre par surprise, ils se sont mis le doigt ou toute autre Ă©quivalence digitale, dans l’Ɠil.
Ce qui est gĂȘnant quand on n’a que ça pour voir le monde.
Et vous avez Ă©chouĂ© — misĂ©rables sous-cyclopes, dans votre tentative pour fuire par oĂč vous Ă©tiez venus, et vous vous ĂȘtes emmĂȘlĂ© les fibrilles — pauvres borgnes annulĂ©s, dans tous les tapis, rhododendrons, barreaux de chaise et escalators que peut contenir notre monde charmant.
Beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
Mais, soyez rassurée, la morale est sauve : il se trouve toujours parmi nous quelque ùme charitable au secours des éclopés.
En l’occurrence, le P.D.G branchĂ© d’une fabrique de balais-brosses.

Louanges à leur sagesse ! 4. 4


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, c’est avec tout le sĂ©rieux de l’univers qu’ils activĂšrent pour notre pomme, en dignes macrobiotes hydrogĂ©nophages revenus d’entre tous les rĂ©gimes, leur mimique circonspection chagrine d’élite Ă  fort indice paranogĂšne.
Une maniĂšre de nous rentrer subtilement dans le lard avec comme arme, ce regard orthodoxe expulsant en silence l’infinitĂ©simale toxine de la rĂ©probation et du mĂ©pris, laquelle doit se diluer dans le sang sans laisser de trace pour faire de vous un mort inexpliquĂ©.
Mais le plus important dans l’histoire, c’est le gĂ©nie de nos cuisiniers — quelle invention !quelles prouesses ! quel art !

 

Mon pauvre gars 5. 8


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, j’étais en train de me faire cuire des pĂątes.
Pour ĂȘtre plus prĂ©cis — et nous savons combien la cuisson des pĂątes est affaire de prĂ©cision — elles approchaient l'instant quasi infinitĂ©simal de la perfection al dente, aprĂšs quoi leur substance eĂ»t virĂ© dans l'horreur de la mollesse, irrĂ©mĂ©diablement, suivant le mystĂ©rieux processus des transformations entropiques qui me fascine tant, et pour lequel combien de moisissures de toutes sortes j'ai accumulĂ©es !
Inutile de vous dire que la cuisson de mes pùtes s'avéra catastrophique.
Qui peut prétendre, de mémoire d'homme, avoir assisté à une cuisson aussi calamiteuse ?
Il n'en fallut pas d'avantage pour que je voie cette visite inopportune commencer sous de trĂšs, trĂšs, trĂšs mauvais auspices.

 

Il fallut bien faire avec 2. 3


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, ils s’avĂ©rĂšrent plutĂŽt “ bonne pĂąte ”.
Ils vinrent sans verdict aucun.
Ils ne récupérÚrent pas de monolithe.
En effet, certains, parmi nous, sont allĂ©s jusqu’à vouloir nous retirer les mĂ©rites d’une croissance sans assistance ni allocation, propre Ă  nous mettre Ă  notre compte sur le marchĂ© des espĂšces – jusqu’à nous retirer aussi les circonstances du hasard pur : l’espĂšce n’aurait donc pas gagnĂ© son lot Ă  la roue de la fortune cosmique – pour mettre devant le primate irrĂ©cupĂ©rable ce fameux monolithe, machine Ă  cortex qui eĂ»t ainsi fait de nous la digne rĂ©colte de cultivateurs bien plus balĂšzes que nous.
Franchement, ça dénote un sacré manque de caractÚre.
Non, non, nous n’avons pas Ă©tĂ© trop sĂ©vĂšrement jugĂ©s.
Notre mĂ©diocritĂ© prise en compte, nous ployĂąmes sous d’atroces circonstances attĂ©nuantes.
Rien ne fut trop retenu contre notre légitime idiotie.
Les extraterrestres nous tapotĂšrent la tĂȘte, nous fĂ©licitant des valeureuses Ă©lĂ©vations qui parfois parsĂšment notre nuit.
Oui, quels douloureux moments on passa.
L’extase.

Ils ne furent pas déçus du voyage 6. 3

 

 

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, une mission de leur gĂ©nie civil fut dĂ©tachĂ©e du vaisseau mĂšre au bar “ Les Copains d’abord ” (le propriĂ©taire a ouvert depuis une chaĂźne de bars
“ Les Copains d’abord ”).
LĂ , ici -bas, les ingĂ©nieurs venus du ciel sont allĂ©s droit aux toilettes et, grĂące Ă  leur outillage lĂ©ger, ont dĂ©coupĂ©, dĂ©solidarisĂ© du sol et emportĂ© sans cĂ©rĂ©monie la faĂŻence du chiotte Ă  la turque – terme technique dĂ©signant l’ouverture et la margelle du conduit d’évacuation des dĂ©jections humaines et que seule une longue expĂ©rience permet d’aborder Ă  la bonne distance proportionnellement Ă  l’état des selles sans se mouiller l’anus et /ou se salir les chaussures. J’espĂ©rais secrĂštement que ce fĂ»t pour faire progresser sa technologie - un antidĂ©rapant rĂ©volutionnaire, qui sait.
DĂ©cidĂ©ment, la chose en passionne plus d’un. Il y a des brevets qui se perdent, c’est certain.
Ils achevĂšrent leur travail en faisant un mĂȘme sort Ă  la version “ dames ”, sorte de protubĂ©rance blanche avec un bulbe au bout, rĂ©agissant au tirer-relĂącher–tirer-relĂącher du cordon sensible en Ă©mettant avec force rĂąles et gargouillis un liquide transparent appelĂ© “eau”.

 

Autant vous prévenir tout de suite 1. 4

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, cela n’eut rien Ă  voir avec ce que chacun Ă©tait en droit d’attendre : du design, de l’hypratech, de l’hypersynthĂ©tique, le top de l’ergonomie, l’organisation ultime, invisible, la pure organicitĂ© rĂ©unie, autant dire l’intĂ©gration corpo-technico-spirituelle, toute lumiĂšre et silence.
On n’eut mĂȘme pas droit Ă  la combinaison spatiale de rĂȘve.
Bien au contraire, un je-ne-sais-quoi de campagnard Ă©manait d’eux : faces burinĂ©es par un soleil inconnu sous de longues barbes, manteaux d’une espĂšce de laine grise, une tenace odeur terreuse, et surtout, dĂ©jouant toutes les hypothĂšses des spĂ©cialistes en civilisations inconnues, un accent du sud infernal.
On put apprĂ©cier les magnifiques motifs floraux qu’arborait leur vaisseau, et la grande dĂ©contraction de ceux qui en descendirent.
MalgrĂ© l’absence d’outils comparatifs fiables, tout portait cependant Ă  croire que ces Ă©nergumĂšnes Ă©taient dĂ©foncĂ©s, qu’ils avaient dĂ» fumer pas mal de calumets pendant leur voyage, ingurgitĂ© des choses dont on n’a pas idĂ©e. Le pape, de la partie pour les accueillir, contre toute prĂ©vision, tira sur sa premiĂšre pipe.
Les lumiĂšres installĂšrent leur bivouac sur une aire de stationnement de la bretelle d’échange de Montauban Sud.
On peut appeler phĂ©nomĂšne de sociĂ©tĂ© le fait qu’un nombre toujours croissant d’hommes et de femmes se soient joints Ă  eux, et s’y joignent encore, le campement gagnant sur les champs et investissant les faubourgs de la ville 


 

Mon pauvre gars 5. 9

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, je me savais sur le gril depuis belle lurette. Oui, sans vouloir vous offenser, j’étais, moi, humble reprĂ©sentant de notre espĂšce, l’objet privilĂ©giĂ© de leur observation.
Ils cherchaient l’ambassadeur idĂ©al et je crois qu’ils l’avaient trouvĂ©, j’en veux pour preuve mon incroyable sang-froid dans cette Ă©preuve. Mais je suis persuadĂ© que chacun se serait comportĂ© avec la mĂȘme grandeur d’ñme.
S’ils furent sĂ©duits d’abord par ma finesse et ma grande ouverture d’esprit, mes capacitĂ©s analytiques dĂ©concertantes, mon don pour les langues ou mĂȘme, mon imagination dĂ©bordante toujours prĂȘte Ă  assimiler les donnĂ©es les plus folles, ou par la disposition harmonieuse — et bien Ă  corps dĂ©fendant croyez-moi, de qualitĂ©s que je partage probablement avec d’autres, peu importe. 
Toujours est –il qu’on s’est rencontrĂ©.
Ils m’ont embarquĂ© faire un petit tour de galaxie. Le temps d’aligner quelques parties de 421 que je m’accordai la faveur de gagner, pendant qu’on parlait de la pluie et du beau temps — ils s’en plaignent autant que nous et cela au moins est un terrain d’entente, je me souviens leur avoir dit “ Ça ne sert Ă  rien de rester, il fait pourri ici aussi ”, ça les a fait marrer.
Comme autre terrain d’entente, il y a eu l’idĂ©e, que j’ai rĂ©ussie Ă  leur faire admettre, comme quoi l’humanitĂ© n’était vraiment pas prĂȘte et qu’il valait mieux que je garde pour moi les fruits de notre rencontre.

Louanges à leur sagesse ! 4. 5

Quand les extraterrestres débarquÚrent, ils nous sauvÚrent des dangers de la surpopulation, et dans la plus pure tradition post-shadokienne : ils rallongÚrent le calendrier.

 

Mon pauvre gars 5. 10


Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, Ils mirent de l’ordre dans nos idĂ©es, mais ils oubliĂšrent de mettre de l’idĂ©e dans leur ordre.

Il fallut bien faire avec 2. 4

Quand les extraterrestres dĂ©barquĂšrent, nous eĂ»mes affaire Ă  des ĂȘtres douĂ©s d’un exceptionnel pragmatisme et d’un sens de l’intervention tout simplement surdĂ©veloppĂ©.
Intervention à propos de quoi ? Peu importe à l’extraterrestre, du moment qu’il intervient.
Exemple d’intervention : inspecter une planùte.
Motif de l’intervention : inspecter.
Motif de l’inspection : Motivation. Inspecter s’il y a lieu de nourrir des soupçons, qu’on ait trouvĂ© quelque chose ou non.
Comme disait mon grand-pĂšre: un but, des moyens, une mission, un chef.
Le but : trouver quelque chose.
AprĂšs quoi, l’extraterrestre pourra se dire “ C’est bien lĂ  ce qu’on cherchait ”. Mais il faut savoir que ne rien trouver tendra Ă  justifier, alimenter, voire accentuer les soupçons, ou pire, mettre l’extraterrestre devant l’équivalent d’une angoisse mĂ©taphysique qui ne pourra ĂȘtre calmĂ©e que par un acte de punition compensatoire Ă  l’égard d’un sujet arbitrairement choisi, ou une consommation de camboum-camboui plus importante qu’à l’accoutumĂ©e, proportionnelle au degrĂ© de panique engendrĂ©e par la peur du manque.
Les moyens : proprement, les forces dĂ©ployĂ©es, les pĂ©doncules de l’extraterrestre, et une sagacitĂ© de l’Ɠil chasseur que le camboum-camboui n’a pas rĂ©ussi Ă  obturer complĂštement — ce qui est tout Ă  son honneur.
La mission : trouver un but. Cibler un objectif.
Autre exemple d’intervention : consiste Ă  observer ostensiblement les ĂȘtres humains qui se trouvent stationner sur le sol de ladite planĂšte inspectĂ©e antĂ©rieurement, et qu’on soupçonne avoir un lien avec elle. Les observer, afin de percer un comportement par trop naturel. Flairer, pour voir si on flaire quelque chose. C’est logique — une logique de fer, qui peut s’exprimer en ces termes : Il faut bien flairer pour savoir s’il y a quelque chose Ă  flairer.
Ces extraterrestres nous Ă©tonneront toujours.

newsletter musique extraterrestre bon plans concert web radio

sculpteurs electro situationisme desobeissance arte povera videos°°°°°° street art ecologique graffiti altermondialiste photographie