Trois rues plus loin du côté de la maison natale de Nostradamus une autre âme se souvient du désert de ses ancêtres. Souvenirs de révélations, de miracles et de prophètes. Sentiers rocailleux arpentant les dunes parmi les villages bédouins et les fleuves où s'abreuvent les mules et les papyrus.
Cette âme femme entend l'histoire de ces vieilles âmes d'un autre temps. A l'écoute des rayonnements des astres, des présages migrateurs, des humeurs du temps, des tumeurs des esprits et des rumeurs des hommes, elle sait pourquoi elle a débarqué dans cet univers-ci dans cette vie-là. Elle sait pourquoi elle n'est pas de ce temps-là. Elle a gardé le goût du sang que les combats fratricides faisaient couler sur une terre aride et désolée.

Ici le petit angelot de la vigne lui raconte l'histoire de la fleur qui est en lui. Son sourire lui redonne de l'espoir lorsqu'elle discerne le rosé du halo de lumière qui l'entoure. Les signes sont aisés à décodér dans ce nouveau monde dont on a amputé l'organe spirituel et dont la magie mystique est reléguée au rang de délire psychotique.
Le chemin se dessine tout seul sous ses pas, comme elle sait qu'il appartient à chacun d'entre ces mortels de traduire ce qui est inscrit sur les panneaux qu'il croise et de suivre l'un d'entre eux. Jusqu'à ce qu'il advienne ce qui doit advenir et jusqu'à ce que le cercle des trente six âmes pures aux quatre-vingt silences se soit reconstitué.