J'ai mon sac de farine. Bien. Il fait un peu nuit et c'est préférable. Je m'installe avec réticence sur le lit nuptial posé à même le bitume, là, en pleine rue. A défaut de la belle et sensuelle X pour qui j'ai bien voulu me prêter à ce jeu stupide et initiatique, je dois me contenter d'une femme que je ne connais pas, concentré de toutes les employées de cantine que j'ai pu croiser sur ma route. Elle a un bec de lièvre. Je ne peux plus esquiver. Il y a maintenant du monde autour du matelas, des appareils photos, un silence cérémonieux. La nuit est opaque. Elle arrive enfin, s'allonge à ma gauche. Sa grande bouche fond sur la mienne je n'ai pas le temps de réfléchir, elle a une grosse langue avide, carnassière, qui ressemble à un vieux boudin. Hélas, le baiser est sec, farineux, tout cartonné, un vrai désastre. Je prends peur, il est l'heure d'aller au boulot et de se rhabiller.