Et monochrome la bêtise, mélasse inexorable, s'immisçait dans toutes les couches de la société, recouvrant les pores, asphyxiant toute respiration. Une noirceur poisseuse prenait peu à peu la place de la lumière. La bêtise s'installait pour une durée indéterminée, sûre d'elle, et entamait un nouveau siècle avec voracité. D'une foi inébranlable en leur potentiel, leur fécondité, leur capacité d'adaptation, ses représentants les plus emblématiques accédaient aux plus hautes sphères de la politique, de l'enseignement, de l'industrie, plébiscités par la cohorte des cloportes transfigurés dans la révélation de leur supériorité définitive, formant ce camboui de connerie homogène plus pesant, plus contaminant que le plus pestiféré des marécages en expansion. Oui, une connerie transdisciplinaire connaissait l'état de grâce, dotée d'un pouvoir technologique sans précédent. La Bêtise allait au pas de charge dévaster démocratiquement les derniers vestiges d'Humanité et, d'un élan juvénile, partait bientôt à la conquête de l'espace interplanétaire.